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"Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un coeur large". Paul Gauguin

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Restaurant Anne-Sophie Pic

A l’honneur aujourd’hui, l’unique femme chef triplement étoilée en France, Anne-Sophie Pic et son restaurant gastronomique à Valence, au sein de la grande Maison Pic.

C’est peu de dire que l’histoire familiale de la Maison Pic est une fabuleuse réussite. En effet, le grand-père, André Pic, obtient 3 étoiles au Michelin en 1934, puis le père, Jacques Pic, les obtient en 1973 avant que la fille reçoive à son tour la distinction suprême en 2007. Pourtant Anne-Sophie Pic ne se destinait pas à prendre la suite de son père puisqu’elle poursuivait des études de gestion à New York puis au Japon. C’est à la suite du décès de son père que la jeune femme reprend les rênes de l’affaire familiale, alors que celle-ci avait perdu une étoile. Elle décide de se former, passant à chaque poste pour apprendre le métier et devient progressivement la chef talentueuse que l’on connait et reconnait aujourd’hui.

La première chose qui surprend concernant la Maison Pic, c’est évidemment son emplacement… Lorsqu’on pense restaurant 3 étoiles, on pense cadre exceptionnel, dans une nature préservée ou bien au coeur d’une grande capitale. C’est donc très surprenant de découvrir un tel endroit en bord de route, non loin d’une nationale, entouré d’immeubles d’habitation peu engageants. Mais si, c’est bien là, pas d’erreur possible… Ce que l’on voit en premier à travers la grande baie vitrée c’est un bistrot chic, aux couleurs chaudes et au décor contemporain: le 7 est incontestablement un hommage aux fameux « routiers » de la nationale 7, animé d’une ambiance chaleureuse et décontractée. Mais pas le temps de s’attarder, nous le laissons derrière nous pour nous enfoncer dans le coeur de l’établissement. Le restaurant est assez éloigné de la réception et le trajet à travers ce décor feutré nous fait rentrer progressivement dans un autre monde. Oublié l’environnement peu glamour, nous sommes transportés ailleurs !

Le restaurant est vraiment magnifique. Entièrement rénové il y a 3 ans par un disciple de Philippe Starck, c’est un lieu à la fois chic et baroque, sans être chargé, classique mais contemporain. Les couleurs sont plutôt sombres mais étrangement tout semble lumineux grâce à des jeux de clair-obscur. La cristallerie de Baccarat omniprésente, tant sur les tables que sur les murs, ajoute un éclat précieux et vivant à la salle. Sans compter l’imposant lustre, toujours en cristal de Baccarat qui trône au centre de la pièce. Je dois bien avouer que j’ai rarement vu une si belle et si accueillante salle de restaurant, on s’y sent terriblement bien.

Le personnel est aimable et souriant, professionnel sans être guindé. Les coupes de champagne arrivent ainsi que la carte dont le format est plutôt déroutant. Enfermée dans une pochette nouée par un ruban, on découvre une pile de fiches explicatives détaillant chaque plat proposé. Il s’agit alors de choisir le menu qui vous convient, représenté par une couleur. Dans l’absolu, je ne suis pas contre un peu de fantaisie dans la présentation de la carte mais je dois dire que je n’ai pas trouvé ça très pratique à manipuler… De plus, vu la quantité d’informations présentées, je vois mal comment on peut faire un choix basé sur ces fiches sans y passer une demie heure. Heureusement, j’avais déjà en tête la composition des menus, disponible sur le site du restaurant.

La réaction du maitre d’hôtel à l’annonce du fait que je ne mange pas de viande a été exemplaire et tout ce qui a été substitué l’a été par des produits et des plats d’une qualité parfaite. Je le précise car il arrive que, pris au dépourvu, on me propose des choses moins abouties et moins travaillées. En revanche, j’ai une vraie critique à faire: l’absence d’un accord mets-vins avec les menus. Quand on propose une cuisine aussi précise et maitrisée, je trouve dommage qu’on laisse le client seul face au choix du vin qui doit l’accompagner. D’autant que, quand on voit la « carte » des vins arriver (ça ressemble davantage à un grimoire de 5 kg) et même en sollicitant le sommelier, on ignore tout de la cascade de goûts et de sensations qui va suivre, il est donc très compliqué de choisir en toute connaissance de cause. Nous avons opté pour un vin de la région mais je suis convaincue que chaque plat aurait mérité un accord particulier.

Venons-en au plus important: la cuisine de la chef Pic. Des amuses bouches jusqu’au dessert, on peut la qualifier en trois mots: élégance, équilibre et émotion. La pré-entrée qui m’a été servie en remplacement de celle au foie gras était juste parfaite: des anchois de Méditerranée et leur émulsion de jeunes poireaux accompagnés de caviar, excellent. Est arrivé ensuite certainement le plus connu des plats signature de la chef: La carotte et la fleur de jasmin. Une véritable oeuvre d’art culinaire, d’une précision incroyable, cependant, malgré la subtilité de l’association entre la carotte et le jasmin, ce n’est pas le plat que j’ai préféré. Incontestablement, la deuxième entrée autour de la tomate m’a nettement plus impressionnée et particulièrement l’association de la tomate et de la fleur de sureaux, le tout adoucit par la crème glacée à la burrata et à la vanille, juste magique. Mais là où j’ai vraiment touché les étoiles, c’est au moment du plat. L’agneau normalement présent dans mon menu a été remplacé par un autre plat présent à la carte: Le Saint-Pierre concombre citron, bouillon à la tomate Green Zebra et à l’aspérule odorante. Je n’exagère pas en disant que c’est le meilleur poisson que j’ai jamais mangé ! La qualité du poisson ainsi que sa cuisson étaient évidemment parfaites, mais l’équilibre des goûts, les parfums, la fraicheur et la vivacité de ce plat m’ont laissé sans voix. C’est d’ailleurs en silence que j’ai terminé mon assiette avant mon mari (autant dire que ça n’arrive jamais) Ont suivi une mousse de Brie de Meaux à la vanille Bourbon, un pré-dessert à la myrtille et enfin le dessert: autour de la fraise coco-menthe poivrée pour moi et mille-feuille blanc vanille et jasmin pour mon mari. Comme toujours, je fais ma casse-pieds car je n’aime pas le sucre, c’est donc sans surprise que je l’ai trouvé trop sucré et que je l’ai laissé à mon mari. Quant à lui il a apprécié le sien même si, comme il l’a judicieusement fait remarquer, l’omniprésence de la vanille tout au long du diner (dans l’entrée à la tomate, dans l’émulsion au fromage et dans le pré-dessert à la myrtille) l’on rendu moins enthousiaste. Trop de vanille tue la vanille…

Pour conclure et comme vous l’aurez compris, je suis plus qu’emballée par la cuisine de Anne-Sophie Pic.

N’hésitez pas à faire le voyage jusqu’à la Maison Pic, installez-vous confortablement dans ses grandes banquettes ou au soleil dans son magnifique jardin japonais et laissez-vous transporter dans une aventure culinaire que vous n’êtes pas prêt d’oublier…

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